«Eviter la condamnation à mort et sauver ce qui peut l’être»

mar, 11. déc. 2018

PAR CHRISTOPHE DUTOIT

Trois semaines après le vote historique de l’assemblée communale de Val-de-Charmey, l’électrochoc semble salutaire et il porte ses premières solutions. Initiateur d’une cellule de crise réunissant tous les partenaires des remontées mécaniques de Charmey, le préfet Patrice Borcard a présenté hier à la presse les premières mesures visant à «éviter une condamnation à mort de la station charmeysanne et sauver ce qui peut l’être».

Deux task forces ont été constituées. La première est chargée de soutenir la direction de Télécabine Charmey-Les Dents-Vertes en Gruyère SA durant la présente saison hivernale et de délivrer un coaching pour limiter les coûts. Comme l’a démontré Philippe Menoud, président de Remontées mécaniques fribourgeoises, la comptabilité affiche un défaut de liquidité de 400 000 francs au 30 novembre 2018. Trois scénarios ont été définis: le premier (A), fidèle à l’hiver dernier, aboutirait à un déficit d’environ 250 000 francs, proche de ce que prédisait l’audit du mois de juin 2017. Le pire, B, (20 jours et 30 demi-jours d’ouverture) creuserait un déficit de 837 000 fr. alors que la version C – idem, mais avec des charges compressées au maximum – réduirait la perte à 584 000 fr. «Si la météo est bonne, on va passer l’hiver. Sinon, on va vers de gros problèmes», résume Philippe Menoud, qui utilise la métaphore d’un danger d’avalanche de 4 à 5 sur Vounetz si la neige ne tombe pas.

Tous ces scénarios tiennent compte de l’acceptation d’une aide de 250 000 francs par la prochaine assemblée communale, fixée le 14 janvier (La Gruyère du 1er décembre). «En cas de refus des citoyens, tout sera stoppé», avertit Patrice Borcard.

Moléson à la rescousse

En parallèle, la société Gruyères-Moléson-Vudalla SA s’est déclarée prête à assumer, dès le 1er avril (et ce n’est pas un poisson), la gestion ad interim de Télécabine Charmey-Les Dents-Vertes en Gruyère SA, pour une durée de douze mois (lire ci-dessous). Son directeur Antoine Micheloud reçoit également la mission de participer au repositionnement stratégique de Vounetz.

Selon Philippe Menoud, il y aurait encore des économies à réaliser, malgré les efforts consentis sous la direction de Sébastien Jacquat. «L’audit de 2017 demandait une réduction des frais fixes à 510 000 francs par an. Or, ils n’ont cessé d’augmenter ces dernières années et plafonnent à 890 000 francs dans les comptes 2018. De même, l’audit préconisait une masse salariale de 1 million de francs par rapport au chiffre d’affaires et nous en sommes encore à 1,3 million.» Selon lui, il existe une marge de près de 700 000 francs d’économies potentielles. «Je ne jette pas la pierre à la direction actuelle, mais on n’a plus le temps: il faut réduire les charges.»

Une seconde task force s’est vu confier le soin de trouver, auprès de privés et d’entreprises locales, une somme minimale de 250 000 francs (un mécène a déjà assuré 100 000 fr. de garantie de déficit) pour «assurer la bonne marche de la présente saison et soutenir la réorientation».

Le million conditionné

«Le passage est étroit. Mais c’est dans l’hypothèse unique que ces conditions soient réalisées que l’ARG et les propriétaires des installations acceptent de poursuivre le financement du renouvellement de la concession du Rapido Sky, pour un solde d’environ un million de francs», explique le préfet.

Quant à la présentation du concept Préalpes 2030, repoussé depuis juin dernier, «elle devrait avoir lieu au dé- but février», annonce Michel Losey, président de Remontées mécaniques Alpes fribourgeoises. A noter que ni la faîtière des stations ni les autorités cantonales ne vont entrer en jeu pour soutenir le fonctionnement des remontées mécaniques de Charmey.

Enfin, la démission annoncée de Christophe Valley à la direction de Charmey Tourisme «représente l’occasion de réorganiser la gouvernance touristique de la vallée de la Jogne et le groupe de travail souhaite qu’elle se fasse en lien avec La Gruyère Tourisme», conclut le préfet. ■


«Des voisins venus donner un coup de main»

La gestion ad interim de Télécabine Charmey-Les Dents-Vertes en Gruyère SA (TCDVG) par votre société Gruyères-Moléson-Vudalla SA (GMV) est encore incertaine. Qu’est-ce qui pourrait rendre caduque une telle option?

Antoine Micheloud, directeur du Centre touristique Gruyères-Moléson-Vudalla. La feuille de route mise au point prévoit d’abord l’élaboration d’une stratégie à moyen terme pour la télécabine. Cette stratégie débouchera ensuite sur une gouvernance. Il n’est pas sûr que nous ayons le temps de la mettre en place d’ici l’été. Par ailleurs, étant donné qu’une task force est chargée de trouver un financement extérieur, il s’agira de donner un gage de sérieux sur la future gouvernance. Dès lors, nous sommes prêts à assurer l’exploitation de TCDVG pendant une année, avec nos connaissances et nos moyens.

Mettre en place une nouvelle gouvernance d’ici à la fin mars paraît difficile…
Ça sera déjà court pour mettre en place une stratégie jugée viable et qui convienne à tous les acteurs! Après, pour la nouvelle gouvernance, il s’agira, sans céder à la pression du temps, de trouver la ou les bonnes personnes en fonction des critères fixés dans la stratégie.

Votre prise des commandes, même temporaire, n’est-ce pas ce qui pourrait arriver de mieux à Charmey pour comprendre ce qui cloche?
Non. Ce n’est qu’une option parmi d’autres dans le but de donner de la crédibilité aux décisions qui seront prises. Nous ne sommes pas des professionnels du consulting ni du business change. Nous n’avons pas la prétention de faire mieux que ceux qui ont géré Charmey avant nous. Il ne faut surtout pas voir GMV comme un sauveur. Nous sommes des voisins venus donner un coup de main quand la maison brûle.

Fausse modestie?…

Non! A Charmey, le problème est structurel: il n’y a pas assez de clients par rapport à ce que coûte l’infrastructure. GMV n’a pas la solution. Mais, au départ de Sébastien Jacquat, quelqu’un doit être là pour rassurer ceux à qui l’on va demander de faire confiance à cette société. Ça, on a l’impression qu’on peut le faire, alors on le fait. Je ne me serais jamais impliqué sans le soutien de notre conseil d’administration et de notre personnel. Si on reprend la gestion de Charmey ad interim, ce n’est pas moi qui vais le faire, mais notre personnel, en collaboration avec l’équipe en place. Nos cadres auront du travail supplémentaire. Ils sont tous prêts à le faire.

Le symbole est fort: Moléson pourrait prendre les commandes de Charmey…

J’ai été le premier surpris d’entendre notre personnel dire qu’il était temps de passer pardessus ces clivages pour donner un coup de main. Mais, bien sûr, je comprendrais ce genre de réactions. Et je les appréhende même un peu. Mais quand Moléson en a eu besoin, la région et le canton ont été là. Notamment quand il a fallu, dans les années 1980, ajourner une créance de l’Etat de 6 millions sur la route du Moléson au nom de GMV. Aujourd’hui, la région demande un coup de main à Moléson.

Mais ce que l’on ne veut surtout pas, c’est une «molésonnisation» de Charmey, qui nuirait à toutes les démarches en cours. Et n’oublions pas que, d’un point de vue purement économique, notre intérêt serait que Charmey ferme! On récupérerait ses skieurs. Là, on agit avec le cœur, pas avec le porte-monnaie.

Vit-on là l’acte 1 du regroupement opérationnel des stations gruériennes?

Non. Beaucoup l’ignorent, mais on en est sans doute déjà à l’acte 3 ou 4! Citons l’entrée comme un seul homme des Fribourgeois au sein du Magic Pass, le développement, à l’époque, de l’abonnement des Alpes fribourgeoises – une mutualisation des ventes avant l’heure – les programmes d’achat communs ou la résolution globale des problèmes liés à la randonnée nocturne, etc. Il est possible qu’une étape supplémentaire soit bientôt franchie. Mais ce n’est pas le but de la démarche en cours.

Si vous vous engagez pour Charmey, c’est que vous croyez en son avenir?

Je n’émets aucune hypothèse. La population a dit qu’elle ne voulait plus continuer de la sorte. Maintenant, des scénarios intermédiaires doivent être trouvés. Or, on est vraiment pressés par le temps et l’argent, car plus personne ne va régler les factures impayées. Le rôle de la task force à laquelle j’accepte volontiers de participer est donc de soumettre ces scénarios à la population et de voir si elle pourrait en soutenir un.

Quelle est votre motivation personnelle?

Moléson n’existerait pas si, un jour, il n’y avait pas eu la région et le canton. Alors on rend la pareille. Pour les remontées mécaniques de Charmey, après le refus des citoyens du 19 novembre, c’est le grounding. S’ajoutent les départs annoncés de Christophe Valley et de Sébastien Jacquat. Il y a là une occasion inespérée de faire table rase du passé et d’aller de l’avant. ■

Commentaires

cela fait 30-40 ans qu ils mènent tout le monde en bateau.

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