Fondateur du Collège, Marcel Delley s’en est allé

mar, 18. déc. 2018

PAR JEAN GODEL

Marcel Delley est décédé dans la nuit de vendredi à samedi. Il avait 89 ans. Avec le décès de l’ancien directeur de l’Ecole secondaire de la Gruyère et recteur du Collège du Sud s’en va une figure marquante qui a façonné toute la région par sa volonté farouche d’offrir les meilleures conditions d’acquisition du savoir. Flairant le boom économique et démographique de la Gruyère, il s’est acharné à obtenir du canton, en 1973, un collège qui, dès 1975, offrait toutes les filières gymnasiales aux jeunes Gruériens et Veveysans.

Son autorité naturelle, bien connue de tous, il l’a mise au service du bien commun, tenant fermement la barre du plus grand CO du canton et imprimant d’emblée au Collège du Sud une politique d’excellence qui a porté ses fruits: nombre d’entreprises installées depuis en Gruyère l’ont entre autres fait pour la qualité reconnue de ses écoles.

Septième de dix enfants

Pourtant, il n’était pas donné à ce fils de paysans né le 14 février 1929 à Delley, dans la Broye, de fréquenter l’Ecole normale puis l’Université. Septième de dix enfants, il est repéré à 16 ans par l’instituteur du village qui l’envoie à l’internat de l’Ecole normale, à Fribourg. Une semaine plus tard, il en revient à pied, s’ennuyant de la ferme familiale. Sa mère l’enjoint alors de persévérer. Une autorité (déjà) qui décidera de sa vie.

Jeune diplômé, il enseigne dès 1949 à l’école primaire du pénitencier de Bellechasse, fréquentée par les enfants de gardiens. Il enchaîne avec un diplôme d’enseignement du secondaire I, parallèlement à son travail. Sa remplaçante régulière, Roselyne Rossier, deviendra son épouse en 1956.

En 1957, le couple et le premier de leurs trois enfants débarquent à Châtel-Saint-Denis. Marcel Delley enseigne à l’Ecole secondaire de la Veveyse puis, très vite, la restructure, l’ouvrant dès la fin des années 1960 à la mixité. Devenu directeur, il est approché par le comité de l’Ecole secondaire de la Gruyère, à la recherche d’un successeur à l’abbé Demierre.

Nommé directeur de l’ESG en 1969, il participe activement à la construction du CO de la Léchère en même temps qu’il convainc, avec ses amis gruériens, le Conseil d’Etat et le Grand Conseil de la nécessité d’ouvrir un collège à Bulle. Il en sera le recteur, secondé par Carlo Jaeger, directeur des études.

C’est encore lui, Marcel Delley, qui lancera la construction d’un site propre pour le CS, le collège étant dès son origine abrité dans les murs du CO de la Léchère. Le nouveau bâtiment sera inauguré en 1994, le jour de son départ à la retraite.

Elargir l’horizon

Humaniste, il n’a de cesse d’inviter des personnalités à venir élargir l’horizon des élèves lors de conférences scolaires et publiques. Une soif de savoir qui lui vaudra, à la retraite, le grade d’officier des Palmes académiques fran- çaises pour son action en faveur de la culture.

Le sens du bien commun, mais aussi l’égalité hommesfemmes l’ont toujours animé. Il passait ainsi des nuits entières à retoucher les horaires concoctés par ses services afin de les adapter aux besoins des enseignantes mères de famille.

Doté d’un sens profond de la justice, mettant tout son poids en faveur de la démocratisation de l’accès aux études, il a donné leur chance à de nombreux étudiants dans l’impasse. Car son autorité savait user de souplesse pour trouver les solutions adéquates. Avec Marcel Delley, le bien de l’élève passait toujours avant le reste.

Exigeant, honnête, d’un grand sens moral, il se savait aussi timide. Pourtant, son courage était à toute épreuve quand il s’agissait de défendre ses écoles. Les Max Aebischer et autres Marius Cottier l’ont vu plus d’une fois débouler sans rendez-vous dans leur bureau fribourgeois de l’Instruction publique pour faire avancer les dossiers du Sud!

Passionné de culture

Retraité, il obtiendra, pour le PDC au service duquel il s’est mis à disposition, le meilleur score gruérien aux élections fédérales de 1995 après le radical Jean-Nicolas Philipona, mais ne sera pas élu. Très engagé, il présidera tant les retraités de la Gruyère que ceux du canton ou encore le Théâtre des Osses. Entre autres.

Passionné de culture, il estime le théâtre, mais aussi la musique, la peinture ou l’architecture moderne pour les plus belles nourritures de l’esprit. Et porte une admiration secrète pour sa femme Roselyne, qui a confronté tant d’élèves de sa classe de théâtre aux plus grands auteurs. Demain, Marcel Delley la suivra dans la tombe, neuf ans jour pour jour après elle.

En 2000, un AVC le laisse partiellement aphasique. Un handicap qu’il subira comme un enfermement – il aimait tant décider pour lui-même! Qu’à cela ne tienne, longtemps sa voiture, qu’il aime tant conduire, l’a mené chaque semaine à la ferme de son enfance où, jusqu’en 2013, il a cueilli les cerises en amoureux de la terre qu’il est resté. Il était aussi capable de faire des centaines de kilomètres pour admirer un tableau dans un musée.

Homme complet, Marcel Delley savait aussi s’enthousiasmer pour le football, qu’il a longtemps pratiqué comme joueur, puis entraîneur. Bon vivant, il était aussi un fin connaisseur des grands vins, bordeaux et bourgognes en tête.

Très fidèle en amitié, il aimait réunir les siens et ses amis de toujours qui l’ont accompagné tout au long de sa fin de vie, passée dans son modeste appartement bullois, avec l’aide de sa famille et des soins à domicile. En homme droit et exigeant qu’il a toujours été. Envers les autres, mais plus encore envers lui-même. A sa famille, à ses amis et à tous ceux que son départ plonge dans la douleur, La Gruyère présente sa profonde sympathie. ■


Une autorité au service du bien commun

Autoritaire, Marcel Delley l’a donc été. Mais une autorité naturelle, qui ne s’exerçait jamais dans le vide. «Il savait aussi être bienveillant», assure François Genoud, actuel recteur du Collège du Sud. «Sa rigidité était mêlée de souplesse, ce qui lui a permis de diriger son école avec une certaine autonomie. Surtout, il ne se contentait pas d’exercer son pouvoir, mais savait l’utiliser au mieux, selon sa sensibilité.»

«Il ne fallait pas le contredire, sa sévérité était reconnue, mais elle agissait toujours pour le bien des élèves», confirme Gilbert Pugin, administrateur de l’ESG et du CS qui a formé avec Marcel Delley un duo durant vingt et un ans. «C’était quelqu’un de cordial et d’humain. Je garde de lui un merveilleux souvenir.» D’abord son subordonné comme enseignant, puis son président du comité du CO de la Gruyère, l’ancien préfet Placide Meyer salue une autorité dénuée de toute boursouflure vaniteuse: «Il était d’abord d’une grande compétence.»

Ancien directeur du CO de Bulle, Pierre Cottier ajoute à ces qualités «une organisation quasi parfaite». En cas de problème, sa fermeté, «incontestable, s’effaçait et il mettait tout en œuvre pour aider les étudiants». Pierre Cottier a quand même dû batailler ferme avec lui pour obtenir des classes aux effectifs légaux… Car les sureffectifs ont longtemps été le cauchemar de la Gruyère – c’est Marcel Delley qui a dû installer les pavillons, dès 1973.

Orienteur professionnel sous son ère, Pierre Delacombaz, ami fidèle, voit en lui un «remarquable chef d’établissement, un homme fait pour diriger». Mais il souligne aussi la soif de culture et l’humanisme d’un directeur soucieux d’ouvrir ses élèves à d’autres domaines que ceux strictement scolaires. Marcel Delley lui-même n’était pas dupe: «On ne peut plus diriger une école comme je l’ai fait», dira-t-il en 2000 à François Piccand, alors directeur du Collège du Sud. L’autorité, oui, mais au service du bien commun. JnG

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