La valse des enseignes dans la Grand-Rue bulloise

jeu, 13. déc. 2018

PAR YANN GUERCHANIK / SOPHIE ROULIN

Ces derniers jours, le marché de Noël de Bulle donnait à la Grand-Rue un caractère immuable. Le cœur de la ville connaît pourtant bien des soubresauts. Entre fermetures, remises et rénovation, ça bouge même dans tous les sens. D’aucuns y voient les effets d’un tourment annoncé.

Il y a quelques années, des voix de commerçants et d’élus se faisaient entendre. En cause: les pôles d’attraction, en périphérie, qui rassemblent de grandes enseignes spécialisées. Les Bullois ont pu constater à quel point le centre-ville a connu un déplacement vers Pôle Sud. De même, certains craignent que le futur quartier de la gare – sur lequel les géants suisses du commerce de détail ont déjà jeté leur dévolu – ne soit le pôle de trop. «Ce qui va se passer du côté de la gare, c’est bien beau. Encore faut-il que cela ne condamne pas le centre-ville», s’inquiète Valérie Schmutz.

Et la présidente du Groupement des commerçants de Bulle et La Tourde-Trême de lancer un cri du cœur à tous ceux «qui tiennent bon»: «Les commerçants de la Grand-Rue ont leur raison d’être: sans eux il n’y a plus de centre-ville.»

Dans les arrières des magasins et des établissements publics, les responsables parlent de flux tendu et de têtes sous l’eau. Il y a le grand défi du e-commerce bien sûr, mais aussi «les charges de plus en plus lourdes» dans le domaine de la restauration. Pour certains, le mal vient «d’une longue politique d’entrave pour empêcher l’automobiliste de se rendre au centreville». Pour d’autres, c’est la fin d’un certain mode de consommation et le début de nouveaux modèles encore mal identifiés.

Un facteur revient toutefois constamment: le prix des loyers. Entre 5000 fr. et 7000 fr. mensuels pour certains, ils se révèlent dissuasifs. «C’est surfait, même au centre-ville!» fustigent les uns. «Ce sont des prix comparables à ceux pratiqués à Vevey ou à Lausanne!» tancent les autres. En attendant, c’est la valse des enseignes à la Grand-Rue. Petit état des lieux non exhaustif.

CEUX QUI FERMENT POUR MIEUX ROUVRIR

Nouveaux propriétaires de La Promenade (1), Eric Gobet et Nicolas Morand ont assuré l’ouverture de l’emblématique café bullois sans discontinuer jusque-là. Il leur faudra pourtant fermer le 21 décembre prochain. Le temps d’une vaste rénovation avant une réouverture prévue à la mi-mai.

L’établissement verra ses installations techniques renouvelées. Sa façade devrait retrouver son lustre d’antan, grâce à l’utilisation de la molasse notamment. «Nous allons garder le café tel qu’il se présente et tout faire pour conserver son âme», confie Eric Gobet. A noter que les étages n’accueilleront pas de logements, mais des bureaux. La terrasse au premier, côté place du Marché, sera réaménagée de façon à être accessible à la clientèle. En face, Le Tonnelier (2) est fermé depuis la faillite prononcée fin 2017. Entre-temps, le café-restaurant est passé en main de trois nouveaux propriétaires. Comme annoncé dans ces colonnes, Olivier Perler, tenancier et copropriétaire avec Georges Prost du bar-restaurant Le 43 (quelques mètres plus au nord) ainsi que le cuisinier Carlos Tenera (à la Pinte des Vernes, à Pringy, jusqu’à la fin du mois) ont l’intention de conserver l’affectation du Tonnelier. D’importantes rénovations sont prévues pour redorer l’image du noble établissement dont la trace la plus ancienne remonte à 1780. Un café rafraîchi, mais pas transformé, ainsi qu’un hôtel de charme sont annoncés pour le courant 2020. Comme pour La Promenade, l’idée est de conserver l’âme du lieu.

Reste une conséquence: les travaux qui devraient débuter l’année prochaine toucheront inévitablement une autre enseigne de la Grand-Rue. Abritée dans le même bâtiment, la boutique de vêtements pour hommes Mystère (3) devra trouver un local de substitution le temps du chantier.

CEUX QUI S’ARRÊTENT DÉFINITIVEMENT

La Cabriolle (4) disparaîtra du passage de l’Union. Le restaurant spécialisé dans la fondue doit quitter les lieux fin septembre 2019, faute de pouvoir renouveler son bail. «Je cherche un endroit pour installer ma Cabriolle ailleurs, de préférence au centre de Bulle», confie Emilie Sottas. Le bâtiment, qui abrite également Rumo Primeurs et l’ancienne boutique de tricot Pingouin va être rénové. «Le rez restera commercial, mais il n’y aura plus de café-restaurant», indique la propriétaire des lieux Mireille Scherly. Des appartements occuperont les étages supérieurs. Voilà qui signifie ni plus ni moins la fin d’une tradition, longtemps perpétuée par l’Auberge des XIII Cantons.

Après trois ans, Laurent Boschung jette l’éponge. Sa Cabane à Titi (5) fermera le 21 décembre prochain. Le Gruérien vient de créer la société BD.Food S. à r.l. et retourne entièrement à ses premières amours: le snack-crêperie, la confiserie à l’ancienne et le manège forain. Il continue par ailleurs à exploiter la buvette de la piscine de Bulle. Quant au propriétaire du bâtiment de la Grand-Rue 67, il annonce qu’il a trouvé un repreneur «actif dans la restauration».

Un peu plus au nord, le restaurant Pasta’Lina (6) fermera tôt ou tard lui aussi. Après quinze ans d’exploitation, Lina Barras s’arrête pour raisons personnelles. Les employés ont déjà reçu leur congé et des intérimaires assurent la période de transition. L’établissement est prêt à changer de mains. «Plusieurs agences s’occupent de trouver un repreneur», confie la patronne.

Sur fond de conflit avec le propriétaire de l’immeuble, le Déco B’Art (7) a fermé ses portes le 1er décembre dernier. Il aura fallu le Tribunal fédéral pour trancher dans ce litige. La patronne Patricia Overney débarrasse actuellement les locaux. A la belle saison, cette fermeture laissera un vide sous les arbres de la place du Marché, l’établissement étant le seul, avec la crêperie-restaurant Le Marco Polo, à proposer une terrasse dans cette zone de convivialité. Du côté du propriétaire de l’immeuble, «rien n’est encore décidé» en ce qui concerne l’avenir. Mais des annonces ont été faites pour trouver un nouveau locataire.

Spécialisé dans la téléphonie fixe et mobile, Mobilezone (8) renonce à sa filiale bulloise. Il faut dire que, dans un périmètre restreint, la concurrence directe ne manque pas. La fermeture est prévue pour le 24 décembre prochain. Après quoi, c’est l’Univers féerique – actuellement en face de la poste principale de Bulle – qui s’appropriera les locaux.

CEUX QUI VONT UN PEU PLUS LOIN OU AILLEURS

Rumo Primeurs SA (9) quittera ses locaux du passage de l’Union en juin prochain. Le commerce de fruits et légumes s’installera alors au 42 de la Grand-Rue, dans l’actuel magasin de chaussures Dénervaud (10). Son responsable Claude Dénervaud n’était pas joignable cette semaine. «Nous reprenons la boutique au 1er mai, annonce de son côté Laurent Rumo, directeur de Rumo Primeurs. Quelques semaines de travaux seront nécessaires pour transformer et aménager les lieux.» Le primeur doublera quasiment sa surface commerciale. «Quelques produits supplémentaires pourraient rejoindre notre assortiment, mais nous resterons fidèles à notre spécialisation.»

La ferme avicole La Belle Luce (11), à Epagny, annonce la fermeture de son commerce de la Grand-Rue au 19 janvier. «Nous allons concentrer nos activités à Epagny et ouvrir une surface de vente à la ferme, explique le patron, Emmanuel Haar. Cela fait dix ans que nous tenons un commerce à Bulle. La concurrence avec les grandes surfaces périphériques ne fait qu’augmenter et les prix des locations au centre ne correspondent plus à cette réalité.»
La vente directe, sur le site de production, répondra également à une demande de la clientèle, ajoute Emmanuel Haar. Il espère cependant pouvoir assurer une présence à Bulle lors des marchés hebdomadaires du jeudi. «J’attends une réponse dans ce sens de la part de la commune.» En lieu et place de La Belle Luce, une enseigne de nourriture asiatique – sushi et cuisine thaïe à l’emporter – s’installera.

CEUX QUI RESTENT VIDES

Actuellement recouverte d’affiches, qu’en est-il de la vitrine de la Grand-Rue 25 (12), anciennement Telson? Détentrice d’un contrat de vente à terme depuis décembre 2015, la société Newport Suisse SA, basée à Zoug, a changé son fusil d’épaule, étant donné l’opposition, encore pendante, de Patrimoine Gruyère-Veveyse à la modification du PAL à la rue de la Sionge.

Renonçant dès lors à construire une annexe dans la cour, comme l’y autoriserait la nouvelle mouture du PAL, la société se limitera à la rénovation du bâtiment historique. Y prendront place deux enseignes dans les deux surfaces commerciales du rez. Aux étages sont prévus des appartements avec des balcons donnant sur la cour. Les travaux devraient débuter en janvier prochain, après réception du permis de construire, et durer sept mois. Le nom des futures enseignes, du coup, n’est toujours pas connu. ■

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