Robin Godel n’attend pas pour vivre ses rêves de grandeur

jeu, 06. déc. 2018

PAR QUENTIN DOUSSE

HIPPISME. Entre Villaz-Saint-Pierre et Massonnens, une ferme entourée d’un vaste terrain de 19 000 m2. C’est là qu’on retrouve Robin Godel et sa maman Nadia, aux petits soins des huit chevaux installés dans ce qui s’apparente à un havre de paix. «L’endroit idéal» pour tout ce petit monde, qui a quitté sa Broye natale pour s’établir en Glâne au mois d’août dernier. «La vie est plus calme ici, le terrain présente beaucoup de dénivelé et c’est bénéfique pour la condition des chevaux», glisse Robin Godel, lançant un regard complice à Grandeur de Lully, Giaccomo et Chayma.

L’attention n’est pas feinte. «Mes chevaux, je les considère comme mes amis. Et non comme des outils de travail», assure le jeune homme, qui connaît l’importance d’une relation privilégiée avec ses montures de compétition. Compétition, le mot est lâché. Puisque c’est aussi pour cela que le néo-Glânois consacre «entre deux et trois heures» chaque jour, sans compter ses weekend entiers. Ce samedi encore, il sera en selle au Concours hippique international de Genève, où il participera au cross indoor. «Je connais beaucoup de gens et la halle de Palexpo sera pleine. Sentir le public derrière soi, je n’en ai pas l’habitude. Je me réjouis.» L’occabrillante saison 2018.

Un cavalier précoce

Sa spécialité? Le concours complet, cette discipline olympique (depuis 1912!) qui combine le dressage, le saut et le cross (épreuve de terrain de plusieurs kilomètres avec obstacles fixes). Considérée par certains comme la discipline reine, elle est du reste celle qui requiert le plus long processus de maturation par son caractère très complet. Au plus haut niveau, le succès revient généralement aux plus expérimentés.

Agé de 20 ans seulement, Robin Godel détonne quelque peu au niveau international. En septembre, il figurait parmi les cadets aux Jeux équestres mondiaux, dont le podium affichait 41 ans de moyenne d’âge. «Cela me plaît d’évoluer dans un sport d’expérience, note le résident de Villaz-Saint-Pierre. Pourquoi le concours complet? Déjà pour l’adrénaline et le côté casse-cou que je retrouve en cross. Et aussi parce que j’estime qu’un cavalier a d’autant plus de mérite de maîtriser toutes les facettes de son sport. J’ai commencé à 5 ou 6 ans avec ma maman, qui en faisait aussi. J’ai toujours aimé le contact avec les chevaux. Au début, je voulais juste les brosser. Et après...»

Robin Godel fait ses gammes en saut, avant de s’adonner au concours complet à partir de 2011. Il connaît rapidement du succès dans une discipline où la concurrence est certainement moins accrue: en juniors, il cumule trois titres de champion de Suisse et quatre participations aux championnats d’Europe. Ces performances lui ouvrent les portes du cadre national de complet et de saut, en juniors, puis en jeune cavalier, et enfin en élite depuis cette année. Le Broyard d’adoption Philippe Emery, ancien cavalier professionnel, le suit depuis 2010. «Robin a eu une progression constante, qui dépend aussi beaucoup des chevaux à disposition, observe l’un de ses trois entraîneurs. Mais il a beaucoup “fait” et grandi avec eux. Persévérant, Robin possède surtout une grande qualité d’écoute. Il applique ce qu’on lui dit tout en gardant une ligne.»

Humble, Robin Godel se distingue aussi par sa lucidité. Face à sa réussite actuelle, mais aussi face à sa marge de progression, forcément grande à son âge dans une discipline «de perfectionnistes» (dixit son coach). «Je dois m’améliorer partout, à commencer par le dressage, concède l’intéressé. En complet, où la précision est primordiale, il faut connaître son cheval par cœur. A ce niveau-là, la relation de confiance et les réflexes peuvent toujours être développés.» Il pense notamment à Grandeur de Lully, hongre de 10 ans «confié» par son propriétaire Jean-Jacques Fünfschilling. «C’est lui qui m’a permis d’en être là aujourd’hui, loue le jeune homme. Jean-Jacques est comme mon grandpapa de substitution.»

Le propriétaire et éleveur broyard n’est pas peu fier de la réussite du duo. «Robin a du talent, il est sur le bon chemin, mais il doit continuer à apprendre et acquérir de l’expérience, souligne Jean-Jacques Fünfschilling. Son travail comptera autant que la bonne santé du cheval. Car sans lui, un cavalier se retrouve à pied!»

Les JO 2020 dans le viseur

Mis au défi de l’élite cet automne aux Jeux équestres mondiaux (lire ci-dessous), le néo-Glânois a de la suite dans les idées. Dans son viseur, les jeux Olympiques à Tokyo en 2020. L’objectif est ambitieux. «Les JO, c’est le rêve de tout sportif. La qualification se jouera en 2019, en équipe comme en individuel. Il faudra pour cela performer dans quatre concours internationaux 4 étoiles au minimum», indique le jeune espoir, qui veut croire en ses chances. «Je me suis rendu compte qu’une qualification était possible au début de l’année. Cela s’est confirmé ensuite avec ma participation aux Mondiaux. Cela s’annonce serré et difficile, mais pas irréalisable.»

Décisive sur le plan sportif, son année 2019 le sera également au niveau de ses études. Puisque Robin Godel terminera son école de commerce (à Payerne) l’été prochain. Un diplôme que le jeune espoir tient à décrocher. «C’est important d’avoir quelque chose en poche. Car il est très difficile de mener une vie de cavalier professionnel en Suisse. Mon futur, je l’imagine plutôt partagé entre mon sport et un job à mi-temps dans le marketing et communication.» Histoire de compléter – encore un peu plus – son bagage de cavalier. ■


«Deux mois après, j’ai encore de la peine à réaliser»

Les semaines écoulées n’ont pas suffi à Robin Godel pour redescendre de son nuage. «Deux mois après (dix semaines en réalité), j’ai encore de la peine à réaliser. C’était de loin mon meilleur souvenir à cheval. Evoluer au plus haut niveau et côtoyer tous ces grands noms... A mon âge, c’est exceptionnel.» Le jeune cavalier a encore les frissons rien que d’en parler. Et pour cause: en septembre à Tryon, en Caroline du Nord, il a pris part aux Jeux équestres mondiaux avec l’équipe de Suisse. L’objectif – un top 6 synonyme de ticket pour les jeux Olympiques 2020 – a été manqué (16e rang final par équipes). «On a terminé très loin du compte, admet Robin Godel. Mais nous aurons encore deux chances de nous qualifier l’an prochain: via les championnats d’Europe (deux places) et via la Coupe des nations (une place).»

A titre individuel, le néo-Glânois et Grandeur de Lully ont terminé 60es et meilleur duo Helvète. «Ce classement, qui n’est pas bon en soi, je le dois aux pénalités de temps. Car j’ai réussi un sans-faute sur les obstacles. Cela donne forcément de la confiance pour la suite.» Philippe Emery, l’un de ses entraîneurs, a également vu cette participation d’un bon œil. Même si... «Il a eu chaud, sur un obstacle en particulier, où le cheval s’est encoublé à la réception. La chute était d’ailleurs ma hantise pour ce duo inexpérimenté. Mais cela s’est finalement bien passé: Robin a su faire attention à ne pas pousser sa monture à l’extrême et il a réussi un parcours sans faute, faisant mieux que certains cavaliers plus expérimentés. Pour son évolution, c’était très bien.»

Plus que la compétition, il retiendra principalement le voyage, vécu notamment aux côtés de sa maman Nadia. «C’était aussi la première en dehors du continent pour moi et le cheval, précise-t-il. Sur place, j’étais l’un des plus jeunes. Cela m’a permis de me faire un nom et m’a offert diverses opportunités.» A Tryon, Robin Godel a fait la connaissance de l’une des références du complet, le Néo-Zélandais et double médaillé olympique (par équipes) Andrew Nicholson. «J’ai même eu la chance de passer quelques jours en novembre chez lui, en Angleterre, pour voir comment il fonctionne au quotidien. J’ai découvert une autre manière de travailler, au niveau de la cadence d’entraînement notamment. Il demande nettement plus aux chevaux que nous, en Suisse. C’était très intéressant. Dans le futur, ce n’est pas impossible que j’y retourne quelques mois.» QD

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