Les canons à neige, grands sauveurs des stations?

jeu, 03. Jan. 2019

PAR CLAIRE PASQUIER

SKI. L’image risque de se répéter de plus en plus: la piste préparée, blanche, presque immaculée. Les skieurs tout équipés, prêts à glisser. Le hic: l’herbe verte au bord de la piste et sous les télésièges et des températures un peu trop douces pour ce sport d’hiver.

Dans les Préalpes, la fin d’année n’a pas été très clémente avec les remontées mécaniques. Si tout le monde attend l’or blanc avec impatience, le salut des stations passerait par l’enneigement artificiel.

Développer le parc

Pour Jean-Claude Schuwey, président des remontées mécaniques Jaun-Gastlosen, les canons sont plus que jamais nécessaires. La société qui dispose déjà de sept engins et d’une lance cherche à augmenter son capital-actions de 750 000 francs pour continuer le développement de l’enneigement artificiel. «Sans le ski l’hiver, ce serait difficile de faire marcher les installations l’été venu», expose-t-il.

Au Lac-Noir, la piste de luge, le ski-lift Stalden et le télésiège Riggisalp ont pu ouvrir une quinzaine de jours déjà depuis le début de la saison. «On serait encore fermés sans les canons», assure Matthias Jungo, directeur des remontées mécaniques du Kaiseregg-Lac-Noir qui disposent de 46 machines.

Les canons à neige ne font pourtant pas tout. A La Berra, qui compte 20 appareils, les pompes ne sont pas assez puissantes pour les faire fonctionner simultanément. «Notre objectif n’est pas de développer le parc, car nous sommes déjà chanceux avec ce que nous avons», indique le directeur Didier Kilchoer, persuadé que les sports de glisse ont encore de beaux jours devant eux. Mais il est nécessaire de modifier le système de pompage et de renouveler les canons. Il affirme: «Sans les canons installés en 2002, on serait morts à La Berra.»

Faisabilité et mise en zone

Dans les stations pas encore munies de canons à neige, les projets vont bon train. «Nous allons lancer les études et les demandes d’autorisation cette année», indique Fabien Morand, président du conseil d’administration de Monte-Pente Corbetta. Les deux millions de francs qui pourraient être alloués seraient consacrés à l’aménagement des pistes de la Cagne et de Borbuintze, au revers. «Nos remontées génèrent 6 millions de retombées indirectes pour la région. Cela vaut la peine d’investir pour les trente prochaines années.»

A Moléson, Antoine Micheloud, directeur des remontées mécaniques, est actuellement dans une impasse: «Cela fait quatre ans qu’on essaie de légaliser le plan de zone et de mettre à l’enquête un projet dans le secteur des Joux, en lien avec le télésiège. Le village vit du tourisme et, actuellement, l’offre n’est pas cohérente. Sans ski, aucune station ne peut fonctionner. Même à Moléson où nous avons le caillou et la vue, le tourisme piétonnier l’hiver est cinq fois inférieur à l’été.»

Avec la situation difficile que vit actuellement Charmey, le dossier «a été ressorti du tiroir et transmis à la cellule de crise», explique Sébastien Jacquat, directeur jusqu’en avril. Le projet: un investissement d’environ 6 millions de francs pour construire un bassin de rétention d’eau et acheter des canons. «C’est l’Etat qui décidera si oui ou non il faut investir.» Sébastien Jacquat est le plus dubitatif d’entre tous: «Il aurait fallu faire cela plus tôt. Nous sommes trop bas. D’ici qu’il y ait des canons, il y aura des palmiers à Charmey. Je suis sûr qu’il y a d’autres solutions pour faire venir du monde à Vounetz.»

Dépendants de la météo

Rendue nécessaire par le changement climatique, l’utilisation des canons en subit également les conséquences. La semaine dernière, aucune station équipée n’a pu canonner. «S’il fait très sec, zéro degré suffit, sinon il faut au moins être à – 3 degrés», détaille Matthias Jungo. La semaine dernière, les températures bien trop élevées ont empêché les machines de fonctionner. A cela, il faut ajouter la sécheresse. «En novembre, il y a eu quelques jours où le débit de la Singine était trop bas. Nous avions l’interdiction de puiser l’eau dans le lac Noir.»

Car de l’eau, il en faut. Au Lac-Noir, 22 000 mètres cubes sont nécessaires pour la piste bleue. N’est-il donc pas paradoxal de consommer tant d’eau et d’énergie pour des engins employés à cause du changement climatique? «L’eau ne contient pas d’additifs et retourne à la nature», se défend Didier Kilchoer. «Il y a les intérêts des skieurs à prendre en compte», justifie Matthias Jungo. «Ça profite à davantage de personnes qu’un terrain de foot éclairé», conclut Jean-Claude Schuwey. ■


«Ni grandiose ni luxueux, l’investissement est nécessaire»

Du côté des Remontées mécaniques fribourgeoises, propriétaires d’une partie des installations du canton, on est catégorique: il faut équiper les stations de canons. «Avec l’effort qui a été fait par les collectivités et chacune des sociétés pour rénover les infrastructures, on est au milieu de la rivière. Il faut traverser le reste et financer cet investissement. Ce n’est pas quelque chose de grandiose ou de luxueux, c’est nécessaire. Surtout lorsqu’on pense que 60% à 70% des stations des pays voisins sont équipées», assure Philippe Menoud, président des Remontées mécaniques fribourgeoises. «Ça vaut la peine pour les concessions de vingt-cinq à trente ans encore en vigueur. Les canons peuvent être amortis durant cette période d’utilisation.» A court terme, il est nécessaire que chaque station fasse un inventaire technique et analyse les possibilités d’accès à l’eau, notamment. Pour le président, si des subventions cantonales étaient allouées aux stations sans canons se poserait cependant la question de l’égalité de traitement par rapport à celles qui ont financé seules les engins. «Mais nous n’en sommes pas encore là.» Un début de réponse, attendu par toutes les stations, sera sans doute donné lors de la publication de la stratégie touristique cantonale Préalpes 2030. CP

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