Samedi cinéma

sam, 26. Jan. 2019

PAR YANN GUERCHANIK

Clint Eastwood,cette tête de mule

LA MULE. Profiter de chacun de ses films comme si c’était le dernier. Clint Eastwood a 88 ans… ça sonne plus vrai que jamais. D’autant que ça se voit à l’écran: on le savait dur à cuire, il a l’air d’une vieille semelle imbecquetable. Sa dernière apparition remonte à l’extraordinaire Gran Torino, en 2009. Il jouait Walt Kowalski, un acariâtre misanthrope qui finit par tendre la main. D’aucuns disaient que ce serait son dernier rôle. Faux!

Dans La mule, le grand Clint convoque un personnage germain, Earl Stone. Même mordant malgré les bridges dentaires, même tonus musculaire sous un paquet d’arthrose. Earl Stone en veut au smartphone, au progrès, à lui-même avant tout. Parce que sa famille est passée après le boulot et qu’il comprend que la recherche du temps perdu reste plus facile à lire qu’à faire.

Earl Stone est horticulteur. Depuis que les fleurs se vendent sur internet, il n’arrive plus à joindre les deux bouts. Jusqu’à se voir jouer les mules pour des trafiquants. Earl n’a pas son pareil pour transporter de la drogue ni vu ni connu. Les dollars abondent, de quoi se racheter une conduite auprès de ses proches. Mais un agent de la DEA (Bradley Cooper) est à ses trousses.

Eastwood a traversé l’Amérique à cheval, il la parcourt désormais à dos de mulet. Il tire moins vite, mais plus longtemps. Ce film est un abrégé de ses dogmes: critique du monde moderne, problématique de la famille, prééminence de l’individu sur le groupe. Figure légendaire, devant la caméra comme derrière, qu’il serve du spaghetti ou du hamburger, Clint Eastwood peint l’Amérique des pères contre celle des fils à papa, un monde à la dure pas dépourvu de coups de tendresse.

Sa Mule est plus classique que jamais: montage transparent, jamais de précipitation, de la fluidité et de l’assurance dans chaque plan. Par moments, on en vient à prendre la simplicité pour de la facilité. Le film cache bien son jeu. Un polar qui délaisserait beaucoup l’enquête. Un thriller à petits suspens qui n’éclateraient jamais. Avec de la romance pardessus le marché. Depuis le temps, Clint Eastwood est passé maître dans l’art de brouiller les pistes. Au sein de l’industrie cinématographique, il fait comme il veut. Quitte à faire dans le petit récit allégorique, quitte à paraboler. L’air de rien, il prêche. Le bon sens contre le politiquement correct, le libre arbitre, la volonté de réparer ses torts et d’assumer ses fautes puisque l’homme ne peut s’empêcher d’en commettre.

A l’écran, il parvient à donner à son corps réifié une expression incroyable. Earl Stone grogne, sa voix se rompt avant la fin de ses phrases, il les ponctue en serrant les mâchoires. Dans ses yeux, il allume l’intimidation, la peur ou la tendresse sur commande. Une démonstration! Clint Eastwood a fait prospérer le cinéma sur les terres pas toujours cultivables d’Hollywood. Dans la première séquence du film, il porte un chapeau. Pas celui en feutre épais de Blondin. Le chapeau de paille d’un vieux monsieur qui fait pousser des fleurs. ■

La mule, de et avec Clint Eastwood, avec Bradley Cooper, Dianne Wiest, Ignacio Serricchio, Laurence Fishburne

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