Château-d’Œx vit son premier hiver sans ses remontées

mar, 19. fév. 2019

PAR ISAAC GENOUD

Château-d’Œx est orpheline de ses remontées mécaniques. Face au coûteux renouvellement des concessions, le conseil d’administration a décidé de fermer les installations de La Braye pour cet hiver (La Gruyère du 11 octobre 2018). Si une collaboration avec l’association Edelweiss Paradise est en cours afin de mettre sur pied un projet de quatre saisons, les sommes à trouver restent importantes et certains habitants de la commune sont pessimistes quant à l’avenir du domaine skiable.
«Le ski a beaucoup changé. C’est devenu très cher, surtout pour les familles», explique Marcel Guerra. Si cet habitant de Château-d’Œx reconnaît la convivialité et la beauté de la région, ses atouts ont été, selon lui, mal exploités au fil des ans. «La Braye est une station qui demande une infrastructure importante, car on ne peut pas arriver directement en bas des installations à skis. On est donc obligé d’entretenir une télécabine. Cette problématique, avec un domaine pas toujours bien géré, devient rapidement un gouffre financier.» Une remise en route de La Braye reste ainsi pour lui une utopie.

A l’instar de Marcel Guerra, Damounais et touristes sont encore nombreux à se rendre au jardin des neiges. La dernière installation de la station opérationnelle. Rencontrée sur place, la famille Hulst, originaire des Pays-Bas et fidèle de la station depuis vingt ans, déplore la fermeture des remontées mécaniques. «Nous avons reçu une lettre de la commune pour nous annoncer que la station serait fermée. C’est dommage, mais c’est un prix que nous devons tous payer. Il reste d’autres activités à faire, surtout pour nos petits-enfants.»

Nuitées stables

L’arrêt du ski est-il synonyme de baisse de fréquentation touristique? Pas si sûr. Gaëlle Bousquet, responsable des animations et des manifestations à l’Office du tourisme de Château-d’Œx, confie que celle-ci se porte plutôt bien depuis décembre. «Hormis quelques déceptions dont on nous a fait part par téléphone, la fermeture de La Braye a peu d’impact, notamment sur les nuitées qui restent stables.»

Des chiffres positifs, rendus possibles grâce à une stratégie de redirection des activités. «Cela fait environ quatre ans que nous n’avons pas de neige à Noël. Par conséquent, nous organisons un programme d’animations parallèle, afin d’occuper les gens. La fermeture de La Braye a fait augmenter la participation à ces activités, qui ont toujours fait carton plein cette saison.»

Un nombre de nuitées stable, un afflux touristique qui ne baisse pas: l’impact de cette fermeture ne semble pas toucher les principaux points d’intérêt du village. C’est ce que confirme Stephan Grand, responsable de l’Hôtel-Buffet de la Gare de Château-d’Œx. «Je ne remarque pour ma part aucune baisse de la fréquentation dans mon établissement. Il y a moins de grands groupes qui viennent partager une fondue en fin de journée, mais cela reste minime.»

Des résultats identiques, voire en hausse pour ce restaurateur installé depuis neuf ans dans le village. «Malgré un nombre de skieurs en diminution, j’ai fait ma meilleure année pendant la saison 2017-2018. Je pense que c’est une bonne chose que La Braye ait fermé: elle était maintenue par des discours trop émotionnels et coûtait beaucoup trop d’argent. Les gens vont skier dans les environs ou en Suisse alémanique, mais séjournent toujours à Château-d’Œx.»

Moins 20% de ventes

Si les infrastructures touristiques ne ressentent que très peu les conséquences directes de la fermeture des remontées mécaniques, la situation est bien différente pour les travailleurs du ski. Pour Dominique Henchoz, responsable du magasin Planète Sports dans la Grand-Rue de Châteaud’Œx, la situation devient difficile. «Durant le trou de janvier, aucun pendulaire n’est venu. Sans mettre toute la faute sur La Braye, je pense que la fermeture a eu des répercussions importantes sur notre chiffre d’affaires, qui s’élève pour l’instant à moins 20% par rapport à une année normale.»

Les conséquences directes restent cependant difficiles à mesurer pour le moment, la mise à l’arrêt d’une station de ski faisant ressentir ses effets seulement sur plusieurs années. Mais outre l’aspect financier, c’est un autre sentiment qui domine aujourd’hui. «J’ai été municipal (n.d.l.r.: conseiller communal) il y a quelques années et membre du conseil d’administration de Télé-Château-d’Œx. Je me suis beaucoup battu pour le maintien des remontées, donc il reste aujourd’hui un grand sentiment de déception.»

Cependant, là où certains parlent d’utopie, Dominique Henchoz rejoint le camp des optimistes. «Pour moi, les remontées de La Braye sont vitales pour le tourisme. Ce sont ceux qui pensent le contraire qui doivent être taxés d’utopistes. Même si le politique a peut-être fait une croix sur le projet, je veux continuer à y croire et à croire en les personnes qui se battent pour remettre sur pied les remontées.» Quant à d’éventuelles alternatives, le responsable de Planète Sports est catégorique: «Les seules choses que nous avons et que les autres n’ont pas, pour les Préalpes, ce sont les pentes et la neige. Le plus important, c’est de développer les infrastructures qui permettent d’en profiter, que cela soit pour le ski alpin, le ski de randonnée ou la raquette. Tout est une question de volonté.»

Cours donnés à Saanen

Du côté de l’Ecole suisse de ski (ESS) de Château-d’Œx, le constat est le même: «C’est une partie de notre outil de travail qui disparaît, regrette Mauro Testa, directeur de l’ESS depuis deux ans. Le nombre de moniteurs a par ailleurs été difficile à estimer: nous ne savions pas quelle serait la quantité de travail.»

Si la période de Noël s’est bien déroulée pour l’ESS, grâce notamment au jardin des neiges, son directeur note une légère baisse de clients pour ce début d’année. «La Braye étant fermée, nous faisons nos cours de ski privés d’une journée à Saanen. Cela arrange certains clients, mais d’autres pas du tout. Quant aux cours d’une heure que nous donnions, il est devenu beaucoup plus difficile de les proposer.»

Malgré la fermeture des installations, Mauro Testa reste persuadé de la raison d’être de La Braye: «Le domaine est très agréable, que cela soit pour le ski ou la randonnée. En tant que père de deux enfants, c’est une petite station idéale pour la famille. C’est cela qui nous manque aujourd’hui.» ■

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