Peut-être pas si inutile que ça, la route de contournement?

jeu, 11. avr. 2019

PAR CLAIRE PASQUIER

Il est 16 h 55. Les automobilistes débouchant de la route de l’Industrie à Romont sont immobilisés depuis quelques minutes déjà. Normal, c’est vendredi et la sortie du travail pour beaucoup. Lorsqu’on traverse enfin le rondpoint près de la gare, on jette un coup d’œil à l’heure: l’engorgement a duré six minutes. Une demi-heure et quelques tours de colline plus tard, on retente l’expérience. Cette fois, à peine deux minutes d’embouteillage. Point de départ de notre enquête, le reportage dans le trafic romontois n’est pas des plus probants… Va-t-on vraiment débloquer entre 36 et 46 millions pour six minutes de bouchons aux heures de pointe? Et si la question était plus complexe?

Route de répartition

«La route est mal dénommée. Il ne s’agit pas d’une route de contournement mais d’une répartition du trafic», affirme le syndic de Romont Dominique Butty. Une répartition pour désengorger le plateau de la gare précisément. «Des camions de 36 tonnes n’ont rien à faire devant la gare. Ils doivent avoir un accès direct aux zones industrielles. Cela deviendra un atout majeur pour la ville.»

Sur le plan régional, le contournement devrait profiter à d’autres communes. Siviriez et ses alentours notamment. «Cela permettra une plus grande attractivité des zones à bâtir et des zones industrielles grâce au gain de temps réalisé et à cette nouvelle accessibilité», estime le préfet de la Glâne Willy Schorderet.

«Pas une solution miracle»

La décision du canton de donner la priorité au contournement de Romont a enchanté le plus grand nombre dans le chef-lieu glânois (lire ci-dessous). A en croire notre sondage sur Facebook «la route de contournement, une nécessité ou une fausse solution?», deux tiers des 300 internautes sont en faveur de ce nouveau tracé.

Corinne Rebetez, chargée de la communication à la Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions (DAEC), met toutefois en garde: le contournement ne va pas résoudre tous les problèmes de mobilité de Romont. «Ce n’est pas une solution miracle et cela ne permet pas de régler les problèmes de destination dans la ville. C’est un outil parmi d’autres pour améliorer la situation.»

Et pour améliorer d’autres aspects comme la sécurité. Point sur lequel les groupes politiques du Conseil général sont unanimes: «Elle permettra de sécuriser la place de la Gare. Entre les bus, les voitures, les nombreux piétons et bientôt les nouveaux habitants du Pré-des-Comtes, c’est indispensable pour éviter un accident, assure François Helfer, chef de groupe PLR. «Si l’on peut éviter un mort, alors oui, plus de 30 millions valent la peine», avance Roxane Ecoffey, conseillère générale PDC. Et puis pourquoi ne pas redynamiser cette place, la rendre aux Romontois et qu’elle devienne piétonne? suggère Nicolas Salamin, chef de groupe PS. «Et créer une vraie connexion avec la vieille ville par l’avenue Gérard-Clerc.»

Chez les Verts, on regrette l’impact de ce nouveau tronçon sur la nature en utilisant de bonnes terres agricoles ainsi que les nuisances pour les quartiers d’En Bouley, du Pré de la Grange ou encore le long de Chavannes. Autre élément soulevé par Stefanie Losey, cheffe de groupe au Conseil général: son effet sur les finances communales. «Des routes qui étaient cantonales deviendront communales. Combien coûtera leur entretien?» A ce jour, l’Exécutif ne connaît pas encore ce montant. La Verte avance encore: «La commune de Romont doit faire des efforts au niveau de la mobilité douce et des transports publics avant d’envisager de nouvelles routes.»

«Mobul» à la glânoise

«Il ne faut pas opposer cette route de contournement aux autres possibilités de mobilité. Au contraire, elle est une occasion de les conjuguer», observe Willy Schorderet. Un volet dédié aux transports publics en Glâne sera donc compris dans l’élaboration du Plan directeur régional, sur lequel le district doit se pencher. Et d’imaginer un «Mobul» glânois entre l’hôpital de Billens, Mézières, Siviriez et Romont, par exemple.

Dans le chef-lieu, une commission ad hoc a été créée avec des membres de l’Exécutif, un bureau d’études et les TPF pour plancher sur la cadence en ville. «Nous partons d’une page blanche, nous allons tout étudier», indique pour sa part Dominique Butty.

«Une solution d’hier»

Si le contournement de Romont convainc la majorité, Stefanie Losey n’en démord pas: «C’est une solution d’hier pour des problèmes d’aujourd’hui et de demain. Le temps que la route soit terminée, les jeunes qui, aujourd’hui, descendent dans la rue pour le climat ne prendront pas la voiture comme la génération de travailleurs actuelle.» Sensible à l’argumentation des écologistes, le socialiste Nicolas Salamin est moins optimiste que sa collègue du Législatif: «On ne peut pas s’attendre à ce que les gens changent si vite d’habitude. D’ici là, il y a besoin d’infrastructures lourdes.»

Si le calendrier est respecté et qu’aucune opposition ne ralentit trop le dossier, les travaux de la route de contournement de Romont commenceront en 2023. ■


Comment Romont a été choisi

Grande gagnante, Romont a remporté sa route de contournement sur 26 projets au total soumis à la Direction de l’aménagement, de l’environnement et des constructions (DAEC) et au Service de la mobilité. «En 2017, il a été décidé d’effectuer une priorisation de sept projets: Belfaux, Courtepin, Neyruz, Prez-vers-Noréaz et Romont et, sur la demande du Grand Conseil, Chiètres et Givisiez», détaille Corinne Rebetez, chargée de la communication à la DAEC.

Cinq groupes de critères ont été analysés pour départager les différents projets. A savoir: les bénéfices directs pour tous les usagers de la route, l’amélioration de la sécurité du trafic, les atteintes environnementales et la consommation des ressources, la qualité de vie en milieu urbain et les espaces et structures économiques nécessaires au développement. «Les facteurs politiques, régionaux, ou encore son accessibilité ont aussi été pris en compte, liste-t-elle. Souvent, les communes avaient déjà effectué des études avec des tracés dessinés. Et puis, s’il fallait construire trois ponts et quatre tunnels, cela rendait le projet difficilement réalisable.» Tout cela calculé dans un rapport utilité/coût.

Sur la base des recommandations d’un comité de pilotage, mais aussi selon les conditions de réalisation – les terrains appartiennent-ils déjà à l’Etat, la route est-elle déjà en partie existante? – les études d’avant-projet de Romont, Chiètres et Prez-vers-Noréaz ainsi que les acquisitions de terrain éventuelles vont ainsi être lancées prochainement.

Pour rappel, le projet romontois présenté en décembre dernier prévoit de construire la route sur le tracé existant depuis le rond-point des Chavannes jusqu’à la Parqueterie. La suite du tronçon rejoindra la route de Lausanne aux abords de l’entreprise Nespresso (voir plan). CP


En chiffres

2678. En mètres, la longueur de la route de contournement.

7500 à 10 000. Les automobilistes qui emprunteraient la route quotidiennement.

50 à 60%. Les axes principaux de la commune seront délestés de moitié de leur trafic.

5. Le nombre d’hectares environ, actuellement en zone agricole, nécessaires pour la construction de la route.

36 à 46. En millions de francs, le coût de l’opération.

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