Personnel de Clos Fleuri «déstabilisé» par l’affaire

jeu, 23. mai. 2019

PAR YANN GUERCHANIK

L’affaire dure et laisse des séquelles. Fin 2017, la Fédération des organisations du personnel des institutions sociales fribourgeoises (FOPIS) dénonçait des dysfonctionnements et des pressions sur les employés de Clos Fleuri. La Direction de la santé et des affaires sociales (DSAS) avait alors mandaté une enquête. En juin 2018, cette dernière a conclu que la prise en charge des personnes en situation de handicap était «très bonne», mais qu’il existait «un malaise au sein du personnel, essentiellement dans les ateliers et les résidences». Depuis, la fondation s’est engagée à prendre des mesures.

Insuffisant, fustige la FOPIS et une partie du personnel qui signaient récemment une résolution demandant le remplacement des membres du conseil de fondation (La Gruyère du 7 mai). Ce jeudi à 17 h, le syndicat organise par ailleurs une «manifestation de soutien» sur la place du Marché à Bulle. Dans ce contexte houleux, la Bulloise Elisabeth Dunand répond à nos questions. Elle est la présidente du conseil de fondation de Clos Fleuri depuis vingt ans.

Le personnel de Clos Fleuri apparaît divisé. D’un côté, il y a ceux qui soutiennent la FOPIS. De l’autre, ceux qui préféreraient qu’à ce stade cessent les actions syndicales. Comment analysez-vous la situation?

Elisabeth Dunand: Il ne fait aucun doute que le personnel est divisé. Les turbulences qui ont bousculé notre institution l’année dernière ont déstabilisé le personnel. Nous comprenons qu’une partie des collaborateurs reste fidèle à la ligne de la FOPIS dans ce contexte, mais nous constatons que nous avons de plus en plus de témoignages d’employés se disant lassés par les méthodes déployées par le syndicat. Nous avons reçu une résolution votée par une partie du personnel, se désolidarisant des méthodes de la FOPIS. Notre conseil de fondation fait et fera tout son possible pour mettre en place des solutions à long terme concertées avec le personnel et la direction.

La FOPIS estime que le conseil de fondation est «dépassé», qu’il n’a pas les compétences pour diriger une structure dotée d’un budget approchant les 20 millions de francs. Que lui répondez-vous?

Sur quoi le syndicat se baset-il pour juger de manière aussi péremptoire le travail de conduite stratégique de notre conseil? Le conseil de fondation travaille d’arrache-pied à l’amélioration de la situation. Nous avons porté nos premiers efforts sur le renforcement de la gouvernance et sur la construction de solutions concertées impliquant personnel et direction. Ainsi, nous venons d’accueillir dans nos rangs un nouveau membre, ancien haut fonctionnaire de l’Etat qui nous apportera toute son expérience dans ce domaine. D’autres nouveaux membres devraient suivre.

De qui s’agit-il?

Il s’agit de Patrice Zurich, ancien chef de service de la santé publique du canton de Fribourg.

D’aucuns pensent qu’un management «directif» n’est plus d’actualité dans de telles institutions, que cela va à l’encontre d’une approche vers davantage d’autonomie en faveur de la personne en situation de handicap, vers un encadrement qui tient davantage du coaching. Qu’en pensez-vous?

La qualité des relations entre les équipes et la direction mérite évidemment toute l’attention du conseil; c’est grâce à l’ensemble des collaboratrices et des collaborateurs que notre institution peut offrir des soins de qualité aux résidents, élèves et bénéficiaires de ces prestations. J’aimerais insister sur le fait que l’enquête de 2018 a montré clairement que nos usagers étaient satisfaits de la prise en charge que nous offrons. Nous consacrons par ailleurs des efforts importants au suivi de notre concept de «Projet personnalisé d’intervention», élaboré avec les équipes, qui permet encore d’améliorer nos prestations, en fonction des besoins individuels et des ressources de chaque bénéficiaire.

Actuellement, quelles sont les mesures mises en place au sein de Clos Fleuri et quelles sont les améliorations attendues?

Le travail a commencé sur de très bonnes bases, avec l’appui de nos consultantes. Dès l’automne dernier, nous avons mis en place la commission du personnel et son règlement. Plusieurs procédures internes ont été adaptées à la suite de l’enquête de 2018. Nous avons amélioré notre communication interne. Nous avons lancé un travail de fond sur les défis que la fondation doit relever ces prochaines années, avec la direction et les cadres. Nous poursuivrons cette réflexion fondamentale en y associant activement les équipes, dès cet été. Enfin, nous avons renforcé notre conseil de fondation. De manière générale, cette transformation de l’institution nécessite du temps et nous entendons tout mettre en œuvre pour la mener dans un climat serein.

La DSAS vous a proposé un soutien en la personne du préfet de la Gruyère. Pour quelle raison avez-vous refusé?

Nous n’avons en aucun cas refusé un soutien du préfet, même si la forme qui nous était proposée l’automne dernier par la DSAS – une participation active aux séances du conseil de fondation – ne nous semblait pas pertinente. A l’époque, nous avions déjà fait appel au médiateur cantonal pour nous assister dans ce moment sensible. Notre conseil, qui actuellement travaille activement à son renforcement, a le souci permanent de rechercher et mettre en œuvre les solutions pérennes pour le bien de notre institution et de ses bénéficiaires.

Aujourd’hui, comment qualifieriez-vous vos relations avec les syndicats?

Il n’est jamais agréable de lire des appels à une manifestation publique et à la démission du conseil de fondation dont les membres s’engagent sans compter pour améliorer la situation de l’institution. Mais la seule solution crédible est la reprise d’un dialogue direct et constructif, raison pour laquelle nous avons proposé à la FOPIS une rencontre régulière pour les informer en continu sur l’avancement de nos travaux. ■


Deux députés interrogent le Conseil d’Etat

Le député Benoît Rey (vcg, Fribourg) était intervenu une première fois auprès du Gouvernement en mars 2018. «D’audit en expertise, de médiation en conférence de presse, de gouvernance en déballage public, nous apprenons mois après mois par la presse les étapes de ce bien triste feuilleton», déplore-t-il dans une question qu’il vient de cosigner avec le socialiste Pierre Mauron (Riaz). «Il semble qu’aucune solution n’ait été trouvée. Si les informations données par la FOPIS sont exactes, 86 personnes auraient quitté Clos Fleuri en cinq ans, dont 16 à la suite d’un licenciement. Si le dialogue n’est pas restauré entre la fondation et la fédération syndicale, la prochaine étape pourrait être une grève du personnel.»

Les deux députés reviennent également sur la récente prise de position, «sur un ton des plus mena- çants», de l’Association fribourgeoise des institutions spécialisées (LaGruyèredu 11 mai; voir également la page 10 de cette édition). «L’INFRI, dont le directeur de Clos Fleuri est membre du comité, et président de la commission permanente Habitat, travail et formation
INSOS», relèvent-ils.

Afin de «préserver l’argent des contribuables, mais également pour assurer un maintien de la qualité des soins et des conditions de travail correctes dans cette fondation dépendant de l’argent public», les députés souhaitent en savoir davantage sur la dénonciation de Clos Fleuri auprès de l’Autorité de surveillance des fondations (LaGruyèredu 7 mai). De même, ils demandent si le Conseil d’Etat «exige des compétences spécifiques de la part des personnes voulant siéger dans ce conseil de fondation». Ils s’inquiètent encore de savoir si la qualité des soins est toujours assurée et si le personnel de Clos Fleuri bénéficie de conditions de travail correctes. Plus généralement, ils demandent comment le Conseil d’Etat «apprécie la prise de position de l’INFRI» et «comment il compte résoudre cette crise». YG

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